Nouveau conflit au Moyen-Orient, nouveaux enjeux : quel sort pour les jihadistes détenus dans les camps kurdes ?

Cette question reste sans réponse…

La Turquie a profité du retrait des soldats américains du nord-est syrien, sorte de feu vert implicite, pour lancer une offensive contre les forces kurdes le 9 octobre dernier.

Selon Ankara, l’assaut viserait à instaurer une « zone de sécurité » pour éloigner de sa frontière les Unités de Protections du Peuple (YPG), forces kurdes considérées comme proches du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), lequel est qualifié de terroriste tant par l’Union européenne que par la Turquie. Cela ressemble à un nettoyage ethnique…

L’Occident se contente de menacer la Turquie de représailles, mais reste passif face à cette attaque armée, qui fragilise une nouvelle fois une région déjà ravagée par plusieurs années de conflit.

Les forces kurdes ont combattu pendant des années l’Etat Islamique (les Forces Démocratique Syriennes sont à majorité kurdes), main dans la main avec les pays occidentaux.
Véritables alliées de la coalition contre Daesh, elles ont joué un rôle décisif dans la reprise des territoires tombés aux mains de Daesh, très peu de troupes au sol ayant été envoyées sur zone par les alliés, ceux-ci privilégiant les bombardements et attaques de drones.

La fragile victoire sur l’Etat Islamique acquise il y a seulement quelques mois, après des mois et des mois d’âpres combats, est remise en cause.

En effet, les forces kurdes ne font pas le poids face à Ankara, et abandonnent peu à peu les prisons et camps de fortune qu’ils ont constitués pour parquer les combattants de Daesh et leur famille, qui seraient au nombre de 12.000.

Les forces kurdes détiennent ainsi quelques-uns des jihadistes français les plus connus, et les plus craints, parce qu’ils ont par le passé menacé l’Europe, et qu’ils sont susceptibles d’y rentrer pour mettre à exécution leurs menaces.

C’est le cas d’Adrien GUIHAL, personnage central de l’État Islamique et particulièrement de son service de propagande, auteur de la revendication de l’attentat de Nice pour le compte de l’Etat Islamique, qui a été capturé par les forces kurdes à Raqqa, en Syrie, le 19 mai dernier.

Me Gérard CHEMLA avait demandé auprès des magistrats du pôle anti-terroriste son transfèrement en France dès le mois d’août 2019 car il était susceptible de livrer des informations quant à l’organisation de l’attentat de Nice, d’autant qu’il ressortait du Centre d’Analyse du Terrorisme que les forces kurdes s’étaient dites prêtes à le remettre.
Aucune réponse n’a été formulée.

Aujourd’hui la situation est telle qu’Adrien GUIHAL pourrait recouvrer la liberté, et sortir des radars.

Il en est de même d’Emilie König, l’une des jihadistes françaises les plus connues, qui a rejoint le territoire de l’Etat Islamique dès 2012.
Elle s’est montrée particulièrement active sur les réseau sociaux, incitant à la commission d’attentats en France, et principale recruteuse. Elle a été placée sur la liste noire des terroristes dressée par les Nations-Unies, mais aussi sur celle des Etats-Unis. Elle a été arrêtée en décembre 2017 par les forces kurdes et est détenue dans un camp avec trois de ses enfants.

Certains pensent également que des hauts responsables de l’Etat Islamique sont détenus dans les camps des forces kurdes, sous des identités fantaisistes.

Cela pourrait être le cas du franco-marocain Abdelilah HIMICH, originaire de Lunel (34), près de Montpellier, ville connue pour être l’un des viviers européens de combattants de l’État Islamique. Abdelilah HIMICH est parti en Syrie en février 2014, il a rapidement été nommé émir au sein de l’Etat Islamique, et a participé à ses premiers combats en mars 2014, dans la région de Raqqa. Il a dirigé un groupe de 300 hommes. Il serait l’un des français les plus importants au sein de l’Etat Islamique. Les Etats-Unis considèrent qu’il est une figure des opérations extérieures de l’organisation terroriste État Islamique et estiment qu’il a joué un rôle dans les attaques de Paris et de Seine-Saint-Denis le 13 novembre 2015 et de Bruxelles le 22 mars 2016.

Pendant des mois la France a tergiversé sur la situation des jihadistes et de leur famille et s’est interrogée sur leur rapatriement, sans assurer la sécurisation des camps malgré les avertissements des forces kurdes.

Le scénario catastrophe est entrain de se produire.

Les Forces Démocratiques Syriennes et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme annoncent déjà la fuite de plusieurs combattants de Daesh (cinq membres de Daech se sont échappés de la prison Navkur située dans la périphérie ouest de Qamichli) et d’environ 800 proches de jihadistes (785 ont pu quitter le camp d’Aïn Issa, dans un contexte qui demeure flou : gardiens kurdes attaqués par les prisonniers ou en fuite).

L’attaque armée de la Turquie est porteuse de chaos et de guerres.

Il est lâche de laisser les alliés d’hier dans la lutte contre Daesh se faire massacrer. A ce jour, déjà plus de 60 civils et plus de 100 combattant kurdes ont perdu la vie… Un convoi de civils et de journalistes étrangers (dont une équipe de France 2) a été bombardé hier (13 octobre).

Plus de 1300.00 kurdes ont fui la zone attaquée, ce qui laisse présager un désastre humanitaire.
Le combat des kurdes contre Daesh a pourtant servi à protéger les Etat occidentaux et leurs populations du terrorisme.

Il est affligeant de constater que les forces kurdes en sont réduites à faire appel au régime de Bachar Al-Assad, qui revient triomphant après les crimes commis contre son peuple.

Il est consternant de voir que les autorités n’ont pas pris la peine de rapatrier leurs ressortissants jihadistes ou, à tout le moins, de sécuriser les camps dans lesquels ils étaient parqués. D’autant plus que l’assaut turc était annoncé depuis plusieurs mois.

Les cellules dormantes de l’Etat Islamique, que ce soit en Syrie ou en Europe, n’en demandaient pas autant ; l’Etat Islamique peut prendre un second souffle.
N’a-t-on pas pris la mesure des attaques terroristes commises ces dernières années sur le sol européen, et notamment des attentats du 13 novembre ?

Un triste retour à la « case départ ».

Alicia Renard,
Juriste Cabinet ACG

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