Les frères CLAIN : mort non officielle et condamnation exemplaire

A la fin du mois de février 2019, les médias ont annoncé la mort des frères Fabien et Jean-Michel CLAIN, jihadistes français, acteurs majeurs de la propagande francophone de l’État islamique, dans des frappes de la coalition internationale.

Cependant, aucune preuve formelle de leur décès n’ayant pu être apportée (impossibilité matérielle de recueillir de l’ADN sur cette zone de combats), ils ont été considérés comme vivants et jugés par la Cour d’assises spécialement composée en matière terroriste du 8 septembre 2021 au 29 juin 2022 pour leur implication dans les attentats du 13 novembre 2015 : on parle juridiquement de jugement par défaut criminel, en leur absence.

Si aucune preuve matérielle n’a pu être recueillie, toutes les sources sont concordantes pour dire que les frères CLAIN ont été tués dans deux attaques menées à la fin du mois de février ou au début du mois de mars 2019, dans la localité de Baghouz, le dernier bastion de l’État Islamique à cette époque :

  • Le compte twitter de la coalition internationale a confirmé la mort de Fabien CLAIN ;
  • L’épouse de Jean-Michel CLAIN, Dorothée MAQUERE, a annoncé au début du mois de mars 2019 que celui-ci était mort quelques jours après son frère ainé ;
  • L’État Islamique a rendu un hommage posthume à plusieurs reprises aux frères CLAIN ;

Dans un article publié le 14 mars 2019 dans le magazine arabophone de l’État Islamique intitulé El-Naba, l’organisation terroriste leur a rendu hommage et a retracé leur histoire, les désignant sous leur kunya respective (nom de guerre), Abou Anas pour Fabien et Abou Outhmane pour Jean-Michel CLAIN.

Cet hommage évoque la conversion de la famille, le déménagement d’Alençon à Toulouse, la tentative de départ au Yémen, le départ en Egypte, le retour en France, la prison, leur volonté de rejoindre l’EI et enfin leur rôle au sein de l‘État Islamique détaillé en ces termes (après traduction libre) :

“Abou Anas (…) mène la plus grande partie de son jihad dans la diffusion des communiqués et il était le responsable des enregistrements des leçons et des conférences scientifiques, et de l’entretien de l’ingénierie du son ; (…) son frère Abu Outhmane (…) lui portait son aide. A cet effet, ils produisirent un grand nombre d’hymnes et de communiqués (…), bénéficiant de leur expérience passée dans ce domaine et inspirés de leur ancien travail dans le domaine de la musique et des effets vocaux.”

Dans une vidéo mise en ligne le 29 avril 2019, Abu BAKR AL-BAGHDADI, chef de l’État Islamique jusqu’à sa mort en octobre 2019, qui n’a que très rarement pris la parole et n’était pas apparu en vidéo depuis la proclamation du Califat en juin 2014, a rendu hommage aux frères CLAIN en les qualifiant de “chevaliers des médias”.

Ces différents hommages posthumes, au plus haut niveau de l’organisation terroriste, sont le signe de l’importance de leur rôle au sein de l’État Islamique.

La Cour d’assises spécialement composée a condamné les frères CLAIN de manière exemplaire, mais symbolique compte tenu de la quasi-certitude de leur mort, à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté incompressible.

C’est la peine maximale qui peut être prononcée en droit français.

Laura Costes, Avocat
Alicia Renard, juriste
Pôle attentats, Cabinet ACG