En cette période de fêtes et de réunions familiales, qu’en est-il du maintien des liens familiaux en détention ?

Le maintien des liens familiaux en détention est une condition fondamentale de réinsertion et de prévention de la récidive. Mais au-delà de cet objectif sociétal, c’est un droit fondamental tant des personnes détenues que de leurs proches.

Ce droit, reconnu par la  Convention européenne des droits de l’homme en son article 8, a été consacré en France en 2009 selon l’article 35 de la loi pénitentiaire  qui énonce que « le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s’exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l’autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires ».

La reconnaissance textuelle est une chose mais qu’en est-il de son effectivité ?

L’administration pénitentiaire avec les collectivités territoriales et partenaires (associations, prestataires privés) tentent de permettre aux personnes détenues, dans des conditions strictes, de conserver leur rôle et statut au sein de leur famille.

Aujourd’hui, en fonction des endroits et de manière insuffisamment réparties, il existe :

• Les parloirs
• L’accueil d’un tout jeune nourrisson auprès de sa mère incarcérée dans un quartier de nurserie spécifiquement aménagé
• Les unités de vie de familles (UVF) qui sont des dispositifs permettant de recevoir des visites plus longues, sans surveillance continue.
• Les parloirs familiaux

Deux éléments sont pour autant déterminants et n’ont pas été intégrés à la loi pour assurer l’effectivité de ces droits :

• Le choix du lieu de détention par rapport au domicile familial et le coût engendré pour les visiteurs afin de s’y rendre
• l’accessibilité des lieux de détention dont la construction des sites de plus en plus éloignés des centres urbains rend cette question épineuse.

La privation de liberté est, en elle-même, une séparation avec ses proches qui commande pour les familles concernées (parent/époux écroué, comme parent/époux libre), une réflexion incontournable sur le lien.

Elle engage pour nous avocats et citoyens la réflexion de ce que l’on veut pour nos prisons, qui restent avant tout un lieu de privation de liberté mais non de dignité et de vie.

« En fait, c’est l’amour barricadé qui met au supplice. Même au parloir. Quand on a dit, tu me manques, les enfants me manquent, la vie me manque, on a tout dit. Et on étouffe sous les mots qui n’ont pas pu sortir. Le pire c’est ça, la parole étranglée. » Annie Leclerc.

Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat Associé