Attentats : la justice ne veut pas tout savoir

Depuis 18 mois, Me Chemla, Conseil de nombreuses victimes, et son équipe, réalisent un travail de fond sur le dossier relatif aux tragiques attentats du 13 novembre 2015.

Il a ainsi été amené à pointer du doigt plusieurs défaillances qui ont eu un impact sur la réalisation des attentats, mais aussi sur l’enquête. Il a souhaité attirer l’attention des juges afin que ces défaillances ne puissent plus se reproduire, mais à l’évidence la justice préfère faire la sourde oreille.

Il s’est révélé qu’un groupe de militaires de la force Sentinelle, armé de fusils d’assaut, était arrivé au Bataclan dans les premières minutes de l’attaque. Ils n’ont cependant pas eu l’autorisation d’intervenir, et n’ont pas accepté de prêter leurs armes aux fonctionnaires de police déjà présents, qui étaient insuffisamment équipés pour rivaliser avec l’arsenal du commando terroriste. Les primo-intervenants des forces de l’ordre ont donc dû entrer dans la salle munis de simples armes de poing.

Par ailleurs, il s’avère que la boîte à gants du véhicule utilisé par les terroristes pour se rendre au Bataclan renfermait des documents au nom de Salah ABDESLAM. L’exploitation tardive de ces renseignements n’a pas permis son interpellation au lendemain des attentats, alors même qu’il a fait l’objet de trois contrôles routiers sur le chemin de son retour en banlieue bruxelloise.

Aux mois d’août et octobre derniers, deux demandes d’actes ont été présentées afin d’éclaircir ces points. Les premiers juges n’y ont pas donné suite.

Me Chemla a interjeté appel de ces décisions, mais le Président de la Chambre d’instruction de Paris a décidé par deux fois de ne pas même renvoyer ces questions à l’appréciation d’autres magistrats, déniant aux parties civiles le droit à un deuxième juge.

Selon le Président de la Chambre de l’instruction, ces questions ne relèveraient pas de la mission des magistrats instructeurs qui ne doivent enquêter que sur le fait terroriste.

Cette justification est étonnante dans la mesure où ces éléments ont clairement impacté le déroulé de la prise d’otages du Bataclan ainsi que la fuite de Salah ABDESLAM qui, il faut le rappeler, a ainsi pu rejoindre les terroristes des attentats de Zaventem et du métro bruxellois.

Nous ne voulons pas croire que ces refus s’expliquent par le caractère sensible des actes demandés, et au risque de mettre en évidence des lacunes dans la gestion de l’attaque du Bataclan ainsi que dans le traitement immédiat des indices laissés par les terroristes.
Les parties civiles ne peuvent qu’être déçues de ces décisions successives qui laissent sans réponse leurs interrogations…

 

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