Attentats de Bruxelles : « Les gens que je défends veulent savoir »

Les avocats des victimes des attentats de Paris dénoncent l’opacité de Bruxelles

Voir l’article en ligne publié par Ch. Ly. le samedi 18 mars 2017 sur www.lalibre.be

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« Une pratique qui nous replonge au siècle dernier. » En rédigeant une lettre à Charles Michel le 14 février dernier, Me Gérard Chemla, avocat de plusieurs victimes françaises des attentats du 22 mars, s’en prend violemment au secret de l’instruction belge et au refus des magistrats belges de lui communiquer une copie du dossier pénal. « Quand un Etat n’est pas capable d’organiser ni la protection des citoyens et des touristes ni leur prise en charge lorsqu’ils sont victimes d’une telle action, la porte est ouverte à toutes les défiances et à tous les extrémismes« , ajoute l’avocat en s’adressant au Premier ministre.

La partie française n’a eu droit – pour tout dossier – qu’ à l’enregistrement de la session d’information organisée par le parquet fédéral, en octobre 2016, pour les victimes. Celles-ci ont toutes, françaises et belges, été logées à la même enseigne. « Pour les besoins de l’enquête », ont indiqué à l’avocat français les trois magistrats instructeurs, « aucun accès à d’autres parties du dossier n’est pour l’instant accordé. »

La raison pour laquelle Bruxelles refuse de dévoiler son dossier est connue. Les juges belges reprochent aux avocats des parties civiles d’avoir fourni à la presse française des pans du dossier et d’avoir mis en danger le secret de l’instruction. Or la France garantit le principe de l’égalité des droits entre les parties au procès, « ce qui implique un accès permanent au dossier de l’instruction« , selon Me Chemla.

L’avocat belge Georges-Henri Beauthier, qui défend quatre victimes du 22 mars, abonde dans ce sens. « Les gens que je défends non seulement veulent une indemnisation; ils veulent aussi savoir. Chaque fois que je demande gentiment le dossier, on me dit que ce n’est pas le moment. C’est fondamental qu’une victime puisse avoir accès au dossier car elle peut apporter des choses. Ici, l’instruction n’est pas contradictoire. »

Au parquet fédéral, on précise qu’un avocat peut déposer un appel devant la chambre des mises en accusation s’il veut contester la décision des juges. « C’est assez classique, notamment dans les affaires de grand banditisme, qu’on restreigne l’accès au dossier. C‘est trop dangereux » , explique le porte-parole.

Une seconde phase d’information est prévue

Les juges d’instruction ont cependant l’intention de passer à « une seconde phase » dans l’information des victimes du 22 mars, en leur permettant d’accéder à certains éléments du dossier, comme des photos où les victimes pourraient se reconnaître et voir où elles se trouvaient lors des explosions. Cela correspond à une demande des proches. « La façon dont ma sœur est décédée fait-elle partie de l’enquête ?, interroge Philippe Van Steenkiste, frère de Fabienne, victime à Zaventem. Il faut bien sûr respecter le cours de l’enquête. Mais cela devient un peu ridicule. Des tas de choses sont révélées dans la presse.« 

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