Me Manesse et Me Chemla défendent des victimes de l’attentat du Bardo

Tunis, le 18 mars 2015. Deux terroristes avaient semé la terreur dans le musée du Bardo et tué 22 personnes dont 4 Français.

« Paris (Ier), le 12 octobre 2015, le juge d’instruction anti terroriste a reçu les victimes parties civiles pour faire le point sur l’avancée de l’enquête sur l’attentat survenu au Musée du BARDO, en Tunisie le 18 mars 2015. Le juge français rassure les victimes sur le sérieux et la détermination de la Tunisie à retrouver les complices de cet attentat, commis par deux jeunes tireurs entraînés en Lybie. La France, la Tunisie et l’ensemble des Nations endeuillées par ce drame international sont déterminées à poursuivre tous ceux qui ont participé à l’organisation de l’attentat, en quelqu’endroit qu’ils se trouvent. », explique Me Manesse, avocat de parties civiles.

Emilie (à gauche), fille d’une victime, et David, qui a vécu l’attentat (à droite), entourent leur avocate, Me Pauline Manesse du Cabinet ACG. (crédits : LP/Olivier Lejeune.) :

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Le 13 octobre 2015, les témoignages poignants des victimes étaient publiés dans Le Parisien :

TERRORISME. La femme de David a été grièvement blessée dans l’attentat du Bardo. Emilie, elle, a perdu son père. Ils étaient reçus hier, avec les autres victimes françaises, par la juge d’instruction parisienne chargée de l’enquête.

L’UN A VÉCU LA TERREUR de l’intérieur, l’autre en subit les irrémédiables conséquences.
Le 18 mars dernier, en fin de matinée, David Arjona visitait le musée du Bardo à Tunis (Tunisie) avec sa compagne Laurence et leur fils de 7 ans lorsque deux terroristes ont semé la mort, blessant très grièvement sa femme, et tuant au total 22 personnes dont 4 Français, avant d’être abattus.

Emilie Tinois, elle, a perdu son père, Christophe, dans la tuerie et, sept mois plus tard, elle peine à surmonter l’absence d’un être si cher. Il était âgé de 59 ans. Accompagnés par la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac), ils se sont tous les deux rendus hier à la réunion des parties civiles organisée par la juge d’instruction parisienne qui suit le dossier. « J’ai besoin de retracer la dernière heure terrifiante de mon père, comme si j’avais été auprès de lui et que je lui tenais la main », souffle Emilie, 34 ans.De son côté, David veut « être certain que les complices seront poursuivis et que cela ne se reproduise plus ».
Pour tous ceux qui, comme cet employé d’ERDF de 35 ans, se trouvaient dans le musée au moment de l’assaut, ces longues minutes d’effroi sont impossibles à oublier. « Ça tirait dans tous les sens, les gens tombaient. J’ai attrapé mon fils et je me suis réfugié dans une pièce derrière une porte battante, se remémore David qui avait économisé un an pour partir en croisière et offrir à sa famille leur premier séjour à l’étranger. Puis il y a eu une période de calme, on voyait les chaussures d’un des terroristes derrière la porte. Il cherchait des survivants à abattre. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ma femme n’était pas avec nous. J’ai senti que mon fils allait se mettre à pleurer. Je me suis couché sur lui, lui conseillant de faire le mort. Je lui ai dit : N’oublie pas que j’ai été fier d’être ton père. »

Le tireur fait finalement demi-tour, laissant David et son fils pétrifiés avant que les militaires tunisiens ne
les libèrent. « En sortant, il y avait des corps et du sang partout, poursuit le père de famille. Puis j’ai aperçu ma femme sur les escaliers, elle était consciente. J’ai arraché mon pull pour lui bander la jambe. J’ai essayé de la porter mais j’ai aperçu qu’elle était grièvement blessée au ventre. C’était terrible, mais j’ai été obligé de la laisser. » Ce n’est que le soir venu que cet habitant des Pyrénées-Orientales aura des nouvelles de sa compagne qui passera deux mois en soins intensifs et conserve encore aujourd’hui de lourdes séquelles de ses blessures.

Le père d’Emilie n’a, lui, pas survécu aux tirs des deux assaillants. Les premiers éléments de l’enquête indiquent qu’ils se sont cachés dans le sillage des bus des visiteurs pour pénétrer dans l’enceinte du musée, à l’abri des gardes. Un décès tragique qui a laissé un vide béant. « On était une famille très unie, on se voyait très souvent pour fêter les événements de la vie. Mais ces moments-là n’existeront plus, sanglote Emilie qui avait déjà perdu sa mère il y a deux ans. Je n’arrive pas à l’accepter.
Les seuls moments où je parviens à surmonter la douleur, c’est quand je suis au travail. »

Pour toutes les victimes de cet attentat et leurs proches, il a fallu se reconstruire, chacun avec ses blessures, ses angoisses et ses questions sur le sens de ce geste absurde.

« On avait des projets, notamment de faire construire une maison, mais désormais tout tourne autour de la guérison de ma femme, développe David. Je suis très fier d’elle, car on craignait qu’elle ne survive pas. Aujourd’hui, elle parvient à se déplacer avec une canne. » Il n’empêche, l’apprentissage de cette « nouvelle existence » n’est pas aisé. « Au départ, on est complètement perdu, poursuit David, soutenu par l’antenne locale de l’Association d’aide aux victimes d’infractions pénales (Adavip).
J’ai été abreuvé de cartes d’officiels en tous genres et puis, avec le temps, on se retrouve seul avec énormément de défis à relever. Notre vie se réécrit chaque jour. On s’adapte en permanence. »

Timothée BOUTRY
Lire l’article en ligne publié dans Le Parisien, le 13 octobre 2015

 

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